Valeur absolue ou réduction relative : quel mode choisir pour votre décret tertiaire ?
Écrit par
Quentin Vermare
Le décret tertiaire vous impose de réduire les consommations d'énergie de votre bâtiment. Mais pour calculer vos objectifs, deux modes coexistent : la réduction relative (un pourcentage par rapport à une année de référence) et la valeur absolue (un seuil fixe en kWh/m²/an selon votre activité). Lequel choisir ? Ça dépend de votre bâtiment, de son historique de consommation et de son niveau de performance actuel. Et le mauvais choix peut vous imposer des objectifs plus difficiles à atteindre que nécessaire.
Le fonctionnement de chaque mode, le calcul de la valeur absolue et la méthode pour choisir la plus favorable : c'est ce que détaille cet article.
Les deux modes de calcul du décret tertiaire
Le décret tertiaire fixe les mêmes paliers pour tous : - 40 % en 2030, - 50 % en 2040, - 60 % en 2050. Mais la manière de calculer votre point de départ diffère selon le mode choisi.
Le mode relatif : une réduction par rapport à votre historique
En mode relatif, vous comparez vos consommations futures à une année de référence, choisie entre 2010 et 2019 (l'année 2020 est exclue en raison de la pandémie). Si votre bâtiment consommait 200 kWh/m²/an en 2018, votre objectif 2030 est de 120 kWh/m²/an (200 - 40 %). Ce mode garde de la flexibilité : vous pouvez choisir l'année la plus défavorable comme référence, ce qui donne un objectif plus facile à atteindre.
Le mode valeur absolue : un seuil fixe par activité
En mode valeur absolue, l'objectif ne dépend pas de votre historique de consommation. Il est fixé par arrêté ministériel en kWh/m²/an, selon la catégorie d'activité de votre bâtiment et votre zone climatique. Un bureau à Lyon et un entrepôt logistique n'auront pas le même seuil. Ce mode est surtout avantageux pour les bâtiments déjà performants : si vous consommez déjà moins que le seuil, vous êtes conforme sans effort supplémentaire.
Comment se calcule la valeur absolue ?
La valeur absolue, aussi appelée Cabs, comprend deux parties : CVC et USE.
- CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation) : les consommations liées au chauffage et à la climatisation du bâtiment, ajustées selon la zone climatique et l'altitude.
- USE (Usages Spécifiques de l'Énergie) : les consommations liées aux autres usages (éclairage, eau chaude sanitaire, équipements électriques spécifiques, auxiliaires), adaptées à l'intensité d'utilisation du bâtiment.
La consommation totale annuelle mesurée doit être inférieure ou égale à la somme CVC + USE pour que le bâtiment soit conforme. Chaque partie intègre des coefficients de modulation selon la zone climatique (H1, H2, H3 en métropole), l'altitude et l'intensité d'usage (heures d'ouverture, densité d'occupation, etc.).
Les arrêtés valeurs absolues : six textes successifs
Les valeurs absolues n'ont pas été publiées en une seule fois. Elles ont été publiées progressivement par six arrêtés successifs dans le cadre fixé par la loi ÉLAN, chacun ajoutant de nouvelles catégories d'activité.
- Arrêté I (janvier 2021) : bureaux, services publics, enseignement, logistique de froid.
- Arrêté II (avril 2022) : crèches, banques, commerce, culture, justice, parcs d'attractions, transports, établissements de santé.
- Arrêté III (décembre 2023) : hôtellerie, résidences de tourisme, restauration, data centers.
- Arrêté IV (mars 2024) : établissements de santé (précisions), blanchisserie industrielle, logistique température ambiante, sport, stationnement.
- Arrêté V (juillet 2024) : transports (aérien, ferroviaire, routier, maritime), audiovisuel, loisirs, vente de véhicules, Outre-mer.
- Arrêté VI (septembre 2025) : commerces (précisions), services funéraires, banques (précisions), administration et bureaux de chaque activité.
Si l'activité de votre bâtiment n'est couverte par aucun arrêté, le mode relatif s'applique par défaut. Mais depuis l'arrêté VI de septembre 2025, la quasi-totalité des activités tertiaires est couverte.
Quand choisir la valeur absolue plutôt que le mode relatif ?
Le choix du mode se fait une fois pour toutes lors de la première déclaration sur OPERAT. Il n'est pas possible de changer de mode en cours de route. Mieux vaut donc bien comparer les deux options avant de se décider.
La valeur absolue est généralement plus favorable dans ces situations :
- Votre bâtiment est déjà performant : si vos consommations actuelles sont proches ou inférieures au seuil fixé par l'arrêté, la valeur absolue vous déclare conforme sans effort.
- Votre année de référence est atypique : si vos consommations historiques sont anormalement basses (vacance, crise sanitaire), le mode relatif vous impose un objectif très ambitieux. La valeur absolue vous donne un objectif plus réaliste.
- Vous avez un bâtiment neuf ou récemment rénové : les bâtiments neufs récents, construits aux normes RE2020, consomment souvent moins que les seuils de valeur absolue.
À l'inverse, le mode relatif peut être plus avantageux si votre bâtiment est très énergivore et que vous avez une année de référence avec des consommations élevées. L'objectif - 40 % part de plus haut, ce qui vous laisse plus de temps pour agir.
Exemple concret : un bureau de 2 000 m² à Villefranche-sur-Saône
Prenons un bureau de 2 000 m² dans le Beaujolais, qui consommait 180 kWh/m²/an en 2018 (année de référence).
En mode relatif, l'objectif 2030 est de 108 kWh/m²/an (180 - 40 %). Soit une réduction de 72 kWh/m²/an à atteindre.
En mode valeur absolue, le seuil pour un bureau en zone climatique H1 (qui couvre Villefranche-sur-Saône) est défini par l'arrêté. Si ce seuil est par exemple de 110 kWh/m²/an pour l'horizon 2030, l'objectif est comparable au mode relatif. Mais si le bâtiment avait consommé seulement 100 kWh/m²/an en année de référence (bâtiment déjà performant), le mode relatif exigerait 60 kWh/m²/an, tandis que la valeur absolue resterait à 110 : dans ce cas, la valeur absolue est nettement plus favorable.
Voilà pourquoi le calcul doit être fait avant la première déclaration. Un mauvais choix de mode peut transformer un bâtiment conforme en bâtiment hors trajectoire.
Se faire accompagner pour choisir le bon mode
Le choix entre valeur relative et valeur absolue est stratégique. Il engage votre bâtiment pour les trente prochaines années. Et il suppose que vous connaissiez précisément vos consommations historiques, votre zone climatique et les seuils applicables à votre activité.
Certifié RGE en études, Les Piliers du Bâtiment réalisent les audits énergétiques et vous aident à comparer les deux modes pour chaque bâtiment de votre parc. Notre architecte DE conçoit les solutions techniques si des travaux sont nécessaires. Notre maître d'œuvre coordonne le chantier. Et notre courtage en travaux s'appuie sur des artisans certifiés RGE dont les devis sont mis en concurrence.
Vous avez un bâtiment tertiaire à Lyon, Villefranche-sur-Saône ou Mâcon ? Demandez une analyse de votre situation pour choisir le mode de calcul le plus favorable et organiser votre stratégie.